Dans le passé, et encore à l’occasion, je peux ressentir un certain malaise en moi. Le sentiment est étrange, comme une force invisible qui m’éloigne de moi-même. Sans trop savoir ni expliquer le comment du pourquoi. Juste cette impression de ne pas être à ma place au milieu de certaines situations, de certaines personnes qui étaient, sur plusieurs aspects, beaucoup « plus » que moi.
Ce n’est que plus tard, après avoir entendu l’expression « avoir le syndrome de l’imposteur », que j’ai pu associer des mots à l’émotion que je vivais.
Cette émotion était due à tout un tas de petites et moyennes choses.
Parfois, c’était à cause des gens avec qui je travaillais, qui étaient, sans l’ombre d’un doute et dans des ordres de magnitudes impressionnants, bien plus brillants que moi.
D’autres fois, c’était la réalisation que je côtoyais des personnes réellement inspirantes, avec qui l’on était naturellement poussé à donner le meilleur de soi-même, naturellement entraîné vers l’avant.
D’autres fois encore, c’était de voir des gens prêts à partager, à transmettre leur savoir à qui voulait bien le recevoir. À une époque où le monde gardait ses acquis comme on garderait des lingots d’or, eux allaient à contre-courant : ils partageaient, et le faisaient de la plus belle façon qui soit, sans jugement, se rendant disponibles pour expliquer et réexpliquer.
Ainsi, j’ai ressenti le syndrome de l’imposteur non seulement à travers les qualités intellectuelles de certains, mais aussi à travers les qualités interpersonnelles et les habiletés sociales d’autres.
Il est rare que l’on prenne du recul sur notre cadre de travail, sur les gens avec qui l’on travaille et sur ce qui se passe autour de nous. Parfois, nous sommes tellement pris dans les torrents du quotidien, collés de trop près à nos tâches, à la routine, que nous ne voyons plus ce qui se trouve en arrière-plan : les gens, notre département, l’organisation, la vie...
Je m’égare… revenons à mon ami.
Un jour, ça m’a frappé : cette personne était un véritable aimant humain. Les gens aimaient venir le voir, partager des moments, jaser de travail, mais pas seulement. Il avait un effet positif évident sur ses collègues. Au-delà de ses qualités de développeur, ses qualités interpersonnelles apportaient du mieux partout où il passait, au sein des équipes.
Par la suite, grâce à cette prise de conscience, j’ai pu accepter ce constat évident :
Il y a - et il y aura toujours - des gens plus brillants, plus grands, plus inspirants et, oh combien, avec plus de succès que moi.
Cela dit, aucun projet, aucune construction, aucune réalisation d’envergure ne peut se faire seul. Et j’ajouterais : même si cela était possible, ils auraient une saveur tellement moins agréable que lorsqu’ils sont partagés.
Ce qui m’amène à mon travail actuel à l’Agence spatiale canadienne. On y trouve des gens ultra brillants, qualifiés, inspirants, motivants, en plus d’être fort sympathiques. L’inspiration transpire à chaque étage, sur chaque maquette, sur chaque photo d'astronautes, du bras canadien, des satellites... Le milieu de travail est comme une piscine infinie d’inspiration, dans laquelle on peut puiser à tout moment, selon notre motivation et notre énergie.
Quelques temps après mon arrivée, j’ai reçu une invitation pour une cérémonie annuelle célébrant les employés ayant atteint 10, 15, 20 et plus d’années de service. Lors de la cérémonie, les personnes étaient invitées à dire quelques mots. Cela m’a fait réfléchir à ce que j’aurais dit - ou, pour être plus exact, à ce que j’aurais aimé entendre qu’on dise, à moi, nouvel employé fraîchement arrivé.
Je crois que j’aurais aimé entendre :
Qu’il ne faut pas avoir peur ;Que notre travail, nos tâches - aussi petites et triviales soient-elles - ont un sens et une importance ;
Qu’il ne faut pas douter de nous-mêmes, de nos capacités ; que le doute et la peur sont des maux insidieux ;
Que, même si 99,99 % des personnes à notre droite et à notre gauche sont plus intelligentes, plus expérimentées, plus inspirantes, ou je ne sais quel autre qualificatif ou superlatif ;
Que nous avons notre place, et nous sommes à la bonne place ;Qu’il ne faut pas voir notre travail comme une fin en soi, mais comme une pièce d’un immense puzzle dont la forme finale et la date de fin sont inconnues - et qu’il faut être en paix avec cela ;
Enfin, que chacun de nous est une étoile, et que les ciels étoilés sont magnifiques grâce à toutes les étoiles, et pas seulement aux plus grosses et aux plus lumineuses et scintillantes.
Tout ce sujet, ainsi que le vol prochain de la fusée Artemis II, a motivé ce nouvel essai à la prose :
Les plus belle constellations,
Les plus belle nuits étoilées.
Le sont grâce à toutes leurs étoiles .
Des plus grosses aux plus petites.
Des plus éclairées au plus tamisées.
Dans cette sphère céleste,
je suis une de ces petites, toutes petites étoiles.
Dans l'obscurité de l'univers,
j'éclaire de ma timide et douce lumière.
Je participe à ce majesteux ciel étoilé .
Quand la fusée de l'équipe d'Artémis prendra son envolée,
Ce ne sera pas la fusion ou la combusion des moteurs qui la fera décoller .
Ce sera plutôt les mains de tous les canadiens , de tous les êtres humains .
Une fois là-haut. Si par hasard le doute venait à les troubler.
Ils pourront trouver réconfort et chaleur en sachant
Qu'ici-bas, grâce à eux et à ceux qui les ont précédés
Nous regardons le ciel, la Lune et l'espace autrement :
Non plus simplement comme des éléments de la nature,
mais comme de possibles destinations ….
À tous les voyageurs, de ceux du confins intérieur de l'âme à ceux de l’infini et vaste univers
Ricardo Da Fonseca

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